Comme de nombreuses organisations de jeunes, qui, dans le monde, sont ancrées au sein d'une gauche vraiment offensive, les jeunes communistes du Calvados agissent à leur échelle dans le but de
faire progresser les consciences et les pratiques dans le sens de la solidarité et contre l'aliénation des être humains. Nous menons donc une forme d'action locale rattachée à une réflexion
fondamentale préalable.
On pourrait alors avoir le sentiment que cette action au sens large, qui se
décompose en diverses initiatives1, suit une trame, une sorte de fil, voire une ligne, même si ce terme renvoie
parfois à un dogme. Ce cheminement, n'est pas dessiné à l'avance, mais il est tout de même possible de lui situer une origine, ainsi qu'un point d'arrivée visé, mais non définitif
(nous ne visons pas la fin de l'Histoire et du développement des sociétés, juste une nouvelle étape dans l'établissement de conditions plus favorables à
l'épanouissement humain). L'origine de ce cheminement est une analyse globale et scientifique des sociétés dans lesquelles nous vivons: les sociétés capitalistes. Pour l'essentiel du travail de
fond ainsi réalisé, qui décortique l'immense majorité des mécanismes mis en jeu dans l'économie politique capitaliste, il faut chercher dans l'œuvre de MARX et des penseurs qui s'en inspirent (la
liste serait trop longue à dresser ici). Les critiques scientifiques qu'adresse MARX aux économistes David RICARDO et Adam SMITH, qui les premiers promurent avec succès le libéralisme économique,
permettent de poser les fondations d'un projet de société ayant vocation à régler les problèmes de fond soulevés. Et ce projet doit être global, qu'on l'appelle « mondialisation »,
« alter-mondialisation », « internationalisme » et j'en passe, il doit concerner le monde entier.
Il revient donc de penser global. Cependant, penser global, se faire un représentation
pleine et entière du monde, ne donne souvent pas la résolution suffisante pour distinguer tous les détails qui composent ce tout. Ceux-là ne sont décelables, et on ne peut agir efficacement
dessus, qu'à l'échelle locale. Après tout, ce n'est pas parce que quelqu'un connait les mécanismes cellulaires qui aboutissent au développement d'un cancer, qu'il sera capable d'opérer une
tumeur. De la même façon, il ne suffit pas de savoir pourquoi le capitalisme est un cancer2 qui ronge nos sociétés, pour commencer à le traiter ici et maintenant, en vue, pas seulement de combattre ses symptômes, mais de s'en guérir. Et pour filer la
métaphore, il ne suffit pas de le guérir à un endroit mais partout (globalement), sans quoi les métastases pourraient à nouveau se propager et déclencher de nouvelles tumeurs là où elles avaient
disparu.
Cependant, il faut toujours avoir à l'esprit lorsque l'on veut traiter un problème,
que la solution envisagée ne doit pas se révéler pire que le mal. Et le meilleur moyen de se préserver de se penchant est une abondante réflexion théorique. Dans « penser global », le
terme « penser » est au moins aussi important que l'autre, et il implique la pratique non seulement de la critique, mais aussi de l'auto-critique! Ainsi, penser global c'est essayer par
la théorie, de prévoir les conséquences des actions que l'on envisage, c'est d'après Michel VERRET, user de la théorie « comme le chemin le plus court vers la réalité »3.
En guise de parenthèses, prenons ici un exemple qui a le mérite d'illustrer
parfaitement cette nécessité, tout en faisant mentir ceux qui, le plus souvent sans rien connaître du sujet, prétendent que tenter d'agir en s'appuyant sur la pensée de MARX conduit
immanquablement au totalitarisme: Après sa mort, l'essentiel de l'œuvre de production théorique de ce philosophe (publier cet ensemble intégral en France nécessitera 120 volumes, dont 90 sont
déjà parus) n'avait pas encore été publié. Suite à de nombreuses péripéties, nombre de ses manuscrits se retrouvèrent en possession d'un Russe adhérent du Parti Ouvrier Social Democrate Russe
(POSDR, comme Lénine), qui les ramena en Russie en fevrier 1917: David RIAZANOV4. Celui-ci fournira une abondante réflexion théorique, qui l'amènera à porter
un regard critique, à la lumière de la pensée de MARX, sur les pratiques politiques en URSS. Ceci lui vaudra d'être envoyé au goulag en 1931 sur
ordre de Staline, puis d'être finalement fusillé en 19385. Ainsi, l'inquiétude du dictateur Staline vis-à-vis du travail théorique de
RIAZANOV, inspiré par MARX lui-même, tend à indiquer que ce n'est pas la pensée de MARX qui conduit à la dictature, mais plutôt que des dictateurs ont vu en lui une sorte de caution scientifique
et morale. Mais l'autre enseignement, probablement le principal, est que la théorie, le fait de penser global, est probablement le meilleur moyen d'apporter des solutions réelles aux problèmes de
tous ordres, tout en se préservant des travers qu'impliquent les pseudo-solutions dogmatiques du « prêt-à-penser ».
Cette nécessité de penser global et d'agir localement se fait d'autant plus
pressante que les effets pervers du capitalisme et des politiques menées par les droites, centres et gauches libérales dans le monde sont amplifiés par la crise. La crise est bien une crise du
système capitaliste, comme il en a déjà connu, et comme il en connaîtra d'autres, tel que l'avait analysé MARX dans Le Capital. Elle amplifie de nombreux problèmes
existants comme le chômage (notamment chez les 18-25 ans et les « plus de 55 ans »), la précarité, la paupérisation, les difficultés d'accès au logement, l'accroissement de la sélection
sociale (réforme des universités qui conduira, comme partout en Europe, à l'augmentation des frais d'inscriptions, alors que dans le même temps, les aides aux étudiants diminuent), le
rétrécissement de l'accès aux aides sociales, l'accroissement du contrôle social (hiérarchique et policier), le report d'une part de la responsabilité de cette situation sur les étrangers
sans-papiers qui font l'objet d'une véritable chasse...
Ces phénomènes
sont observables à de nombreuses échelles, aussi bien locale que globale, en passant par le palier européen. J'en veux pour preuve cet article disponible sur le site des jeunes socialistes
Irlandais. Précisons que ceux-ci, contrairement au PS en France, sont restés anticapitalistes et de gauche offensive, comme l'étaient autrefois les socialistes Français (Jean JAURES, Jules
GUESDES, Léon BLUM...):6
« Le CWI [parti socialiste du Royaume-Uni] et le combat pour un futur socialiste
Connor PAYNE, parti socialiste (équivalent irlandais du CWI)
Sean FIGG du CWI a introduit la discussion sur
les luttes de la jeunesse et des étudiants. Sean a dépeint la sinistre situation devant laquelle se trouvent les jeunes comme un résultat de la crise de l'économie capitaliste. La récession a vu
la ré-émergence du chômage de masse chez les jeunes dans de nombreux pays. Il y a maintenant 750000 chômeurs pour les 18-25 ans en Grande-Bretagne. En France, le chômage des jeunes avoisine
maintenant les 22%. Laura d'Irlande rapporte qu'après avoir grandi dans une période de boom économique, la jeunesse Irlandaise fait maintenant face à un avenir constitué
« d'allocations-chômage ». La réponse du gouvernement à cette situation sera de contraindre les jeunes à accepter des jobs très mal payés, par des coupes dans les aides sociales et des
programmes de travail obligatoire. Dans le même temps, l'opportunité d'accéder à une éducation décente est en train d'être attaquée à travers toute l'Europe, par des coupes dans les budgets ainsi
que l'introduction7 et
l'augmentation des frais d'inscription. La fermeture de sésames pour les jeunes va jeter les bases pour une recrudescence et un élargissement de la radicalisation, dans la mesure où les jeunes
réclament un avenir décent, que le système capitaliste ne peut leur fournir. »
Le constat des
déclinaisons locales du capitalisme et maintenant de sa crise actuelle est accablant. Mais il ne doit pas nous pousser vers la tentation, compréhensible mais suicidaire, de sombrer dans le
fatalisme. D'abord parce que qu'avoir fait ce constat, c'est remettre en cause le système qui y a conduit, c'est donc poser les fondations d'un changement. Ensuite parce que nous sommes nombreux
à appeler ce changement de nos vœux. Enfin, parce que, comme certains ont compris depuis longtemps que les vœux pieux ne suffisent pas, il existe des structures et associations qui agissent déjà
et que vous pouvez rejoindre pour avoir prise sur la réalité locale, comme les jeunes communistes du Calvados, le Parti Communiste Français, le Front de Gauche et bien d'autres encore.
D'ailleurs, à l'image de ce que fut l'année écoulée, la rentrée de septembre s'annonce riche en luttes sociales, qu'il nous faudra tenter de faire converger localement, en guise d'amorce à une
convergence d'ampleur en France et en Europe. Et comme un appel à dépasser nos frontières, le mot de la fin nous viendra lui aussi d'Irlande, d'un célèbre syndicaliste nommé Jim LARKIN:
« les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, debout! »
Sacha ESCAMEZ
1_Diffusions de matériel de réflexion politique, organisations de débats et
conférences, participations à des luttes sociales, promotion de la culture par des soirées à thèmes aux entrées gratuites pour garantir l'accès à toutes et tous, sans discrimination de moyens
financiers...
2_Dans le dictionnaire de l'Académie française en ligne (http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/generic/cherche.exe?15;s=2957986995;;):
Terme générique désignant une tumeur maligne constituée de cellules proliférant anormalement, qui peuvent envahir les
tissus voisins et donner lieu, à distance, à des métastases. Cancer du sein, de l'estomac, de la langue, de la vessie. Initialement réservé aux épithéliomas, le terme de cancer est
couramment appliqué à toutes les variétés de tumeurs malignes. ¤ Fig. Mal insidieux susceptible de se généraliser. Le cancer du chômage dans les sociétés
industrielles.
3_Citation de l'ouvrage Dialogue avec la
vie (1999) du sociologue et philosophe Michel VERRET, qui fut pendant quinze ans le directeur du Laboratoire
d'étude et de recherches sociologiques sur la classe ouvrière (Lersco) à l'université de Nantes. Pour plus d'informations: http://www.monde-diplomatique.fr/1997/01/PFEFFERKORN/7530
5_Lire à ce sujet Le Point hors série n°3 (Juin-Juillet 2009),
en particulier les pages 64 à 68.
7_Dans de nombreux pays européens, il existe des frais d'inscription de montants
extrêmement variables qui devraient tous augmenter d'après les recommandations de l'OCDE. Dans d'autres pays, comme la Grèce, l'inscription à l'université était gratuite, il y aura
instauration, et non augmentation, de ces frais.
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